La Banque de France a publié sa dernière note thématique sur le profil des ménages en difficulté. Si le nombre de dossiers déposés est en hausse globale, une fracture de genre persiste : les femmes sont plus nombreuses à basculer dans le surendettement, souvent piégées par des ressources limitées et des charges familiales pesantes.
En 2025, le surendettement a confirmé son rebond en France avec 148 013 dossiers déposés, soit une hausse de près de 10 % sur un an. Mais derrière ces chiffres globaux se cache une réalité sociale très genrée. Selon l'étude « Femmes, hommes : quelles différences face au surendettement ? », le genre reste un marqueur déterminant des causes et des conséquences de la faillite personnelle.
Les femmes en première ligne, les mères isolées en sursis
Les statistiques sont sans appel : 55 % des personnes surendettées sont des femmes, alors qu'elles ne représentent que 52 % de la population générale. Ce déséquilibre s'accentue dramatiquement pour les familles monoparentales. 18,9 % des personnes surendettées sont des femmes seules avec enfant(s), contre seulement 7,9 % dans la population totale, souligne la note de la Banque de France.
Pour ces mères isolées, le basculement ne vient pas d'une "folie dépensière", mais d'un effet de ciseaux : des revenus médians plus faibles (souvent liés au temps partiel ou à des secteurs moins rémunérateurs) couplés à des charges courantes incompressibles (loyer, énergie, cantine).
Des profils de dettes bien distincts
L'analyse de la Banque de France révèle que les hommes et les femmes ne "doivent" pas l'argent pour les mêmes raisons :
- les hommes : leurs dossiers comportent plus fréquemment des dettes liées au crédit (crédits à la consommation, dettes immobilières) et des montants médians de dettes globalement plus élevés.
- les femmes : elles sont plus souvent surendettées à cause d'arriérés de charges courantes. Chez une mère isolée, les factures impayées et les dettes de loyer représentent en moyenne 18 % de l'endettement total, contre une part bien moindre chez les hommes seuls.
Un recours à la procédure plus tardif ?
L'institution note également une différence de comportement face à l'aveu de difficulté. Les femmes semblent plus hésitantes : près de 80 % des déposants (hommes comme femmes) déclarent avoir attendu avant de solliciter la commission, mais les femmes sont plus souvent orientées vers la procédure par des services sociaux ou des associations après l'apparition d'impayés de "survie".
Vers un effacement total pour les plus fragiles
Conséquence logique de cette précarité accrue, les femmes sont surreprésentées dans les procédures de Rétablissement Personnel (PRP), qui débouchent sur un effacement total des dettes. En 2025, près de 58 % des bénéficiaires de cette mesure de dernier recours étaient des femmes. Sans capacité de remboursement et sans patrimoine, l'effacement reste souvent l'unique issue pour sortir de l'impasse.