Les signaux se multiplient et convergent : la hausse des impayés de loyers devient l’un des symptômes les plus visibles de la crise du logement. Inflation durable, explosion des dépenses contraintes, hausse des charges, précarisation du travail, difficultés d’accès aux aides… De plus en plus de ménages n’arrivent plus à faire face. Pour l’Association Force Ouvrière Consommateurs (AFOC), cette situation appelle une réponse sociale forte et non un durcissement des procédures d’expulsion.
Selon les données publiées en 2026 par la Chambre nationale des commissaires de justice, 175 000 commandements de payer ont été délivrés en 2025, en hausse de 2,4 % sur un an. Plus inquiétant encore : les expulsions locatives ont atteint un niveau record avec 30 500 ménages expulsés après décision de justice, soit une augmentation de 27 % en un an.
L’Afoc et les associations de défense des locataires et du droit au logement dénoncent une aggravation continue de la situation.
Derrière les statistiques, ce sont des réalités humaines extrêmement dures : familles monoparentales, retraités modestes, travailleurs pauvres, jeunes actifs ou salariés précaires confrontés à des loyers devenus incompatibles avec leurs revenus. Dans certaines zones tendues, le logement absorbe désormais jusqu’à 40 % des revenus des ménages.
La crise actuelle révèle aussi un déséquilibre profond du marché locatif. D’un côté, des propriétaires craignent les impayés et durcissent les conditions d’accès au logement ; de l’autre, des millions de locataires voient leurs dépenses exploser alors que les salaires stagnent. Sur les réseaux sociaux et forums spécialisés, les débats deviennent de plus en plus tendus, signe d’une fracture sociale qui s’installe autour de la question du logement.
L'Afoc pointe les effets de la loi Kasbarian-Bergé de 2023, qui a accéléré certaines procédures d’expulsion et réduit les délais accordés aux locataires en difficulté. Cette logique répressive ne traite pas pour autant les causes des impayés qui sont connues : faiblesse du pouvoir d’achat, coût de l’énergie, pénurie de logements accessibles et insuffisance des dispositifs de prévention.
Face à cette situation, l’AFOC rappelle plusieurs priorités :
-renforcer la prévention des impayés avant l’engagement des procédures judiciaires ;
-développer les aides d’urgence pour éviter les ruptures de logement ;
-encadrer davantage les loyers dans les zones tendues ;
-accélérer la production de logements sociaux ;
-mieux accompagner les ménages fragilisés confrontés aux hausses de charges et d’énergie.
Le logement ne peut pas devenir une variable d’ajustement économique. Perdre son logement, ce n’est pas seulement perdre un toit : c’est souvent basculer dans une spirale d’endettement, d’isolement et de précarité durable. Dans un contexte où la crise sociale s’approfondit, la défense des locataires et du droit à un logement digne doit rester une priorité absolue.