Les consommateurs européens pourraient bientôt manger des organismes génétiquement modifiés… sans jamais le savoir. La réforme en cours au sein de l’Union européenne, qui vise à libéraliser les « nouveaux OGM » issus de l’édition génomique, bouleverse profondément le droit à l’information du public.
Jusqu’ici, tout aliment contenant des OGM devait être étiqueté et avoir fait l’objet d’une évaluation stricte des risques pour l’environnement et la santé. Demain, une large partie des plantes modifiées par les nouvelles techniques – comme CRISPR – pourrait être introduite sur le marché sans étiquette, sans traçabilité et sans étude toxicologique complète.
Pour les consommateurs, c’est un changement majeur : la transparence disparaît. Impossible de savoir si un produit a été génétiquement modifié, impossible de choisir en connaissance de cause, impossible même pour les filières bio ou sans OGM de garantir l’absence de ces nouvelles variétés dans leurs chaînes d’approvisionnement.
Les associations de consommateurs tirent la sonnette d’alarme. Elles dénoncent un texte pensé « pour l’innovation, pas pour l’information », qui prive le public d’un droit pourtant central : celui de savoir ce qu’il mange. Elles soulignent aussi que cette réforme intervient dans un contexte de défiance généralisée envers l’industrie agroalimentaire et les institutions européennes. En retirant l’étiquetage obligatoire, Bruxelles prend le risque d’aggraver cette fracture.
Autre inquiétude : l’absence d’évaluation obligatoire pour une partie des nouveaux OGM. Sans études systématiques, les citoyens devront faire confiance à des données fournies par les fabricants eux-mêmes. Pour beaucoup, c’est insuffisant. Les effets potentiels sur la biodiversité, la dissémination ou les allergies restent encore mal documentés, et le public réclame des garanties avant toute mise sur le marché.
Au-delà de la santé, les consommateurs s’inquiètent des répercussions économiques : ces nouvelles plantes sont largement brevetées, ce qui pourrait renchérir les semences, réduire la diversité alimentaire et accentuer la dépendance des filières à quelques grands groupes.
Face à cela, l’AFOC formule une demande simple : transparence et traçabilité, comme c’est déjà le cas pour les OGM classiques. Non par principe idéologique, mais parce que la confiance ne se décrète pas, elle se construit.
À quelques mois de la décision finale, les consommateurs européens se retrouvent au cœur d’un débat dont les conséquences se joueront… dans leur assiette. Et beaucoup redoutent que, cette fois, on fasse le choix de décider pour eux plutôt que de décider avec eux.